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dimanche 14 septembre 2008

Une journée à Osaka

Le Japon contemporain est résolument matérialiste, et la grande ville d’Osaka (大阪) est à la pointe de cette tendance. C’est le minimum que l’on attende d’une ville où le salut traditionnel, maintenant légèrement désuet, est « Mokarimakka ». La traduction approximative en serait « comment vont les affaires ? » ou « avez-vous fait de l’argent aujourd’hui ? », une franchise rafraichissante que j’ai retrouvé récemment dans une carte de vœux française surprenante me souhaitant « fric et santé ». Osaka a été, pendant la plus grande partie de l’histoire japonaise, le centre économique du pays. Plus que Tokyo (東京) la grande rivale, ses nombreux « villages » et ses parcs, Osaka est LA ville japonaise, dense, vivante, bruyante et tellement sympathique.
Les français peuvent difficilement imaginer la rivalité entre la région de Tokyo et la région d’Osaka. Il y a évidemment des duels sportifs en baseball entre les Yomiuri Giants (読売巨人) et les Hanshin Tigers (阪神タイガース). C’est aussi un choc de culture entre des Tokyoites sur leur quant-à-soi et des habitants d’Osaka exhubérants et adorant parler en public. L’émission Tantei Knight Scoop (探偵ナイトスクープ) produite dans le Kansai montre la nature ouverte des locaux qui se mettent volontiers en scène, apprécient l'absurde et ne se prennent pas trop au sérieux. La région se distingue aussi avec le Kansai-Ben, dialecte différent du parler d’Edo devenu japonais standard. L’on vous traitera ainsi de « Aho » à Osaka alors que vous seriez plutôt « Baka » à Tokyo, les deux termes signifiant « imbécile ». Il existe suffisamment de vocabulaire distinct pour qu’on reconnaisse immédiatement, en plus de l’accent, le natif d’Osaka.
Surtout, Osaka est au cœur de la région d’Osaka-Kobe-Kyoto(keihanshin, 京阪神) qui compte 18 millions d’habitants sur une surface équivalente à celle de la région parisienne, pour 2.6 millions d’habitants dans la ville même. Autrefois appelée « Yamato », cette plaine a été le cœur de l’histoire japonaise jusqu’à l’installation du Shogunat à Tokyo au 17ème siècle. Osaka, appelé autrefois Naniwa (難波) a même été capitale du pays. La tombe géante de l’empereur Nintoku (仁徳天皇, 4ème siècle) en forme de ‘trou de serrure’ à Sakai, est un vestige impressionant de ce passé. Si la culture de cour vient de Kyoto, Osaka n’est pas seulement un entrepot géant, il est le berceau des marionnettes bunraku (文楽), et a joué un rôle important dans l’évolution du Kabuki, une forme de théatre traditionnelle. Comme Lyon en France, le Kansai a donc le « droit d’aînesse » au Japon.
Plus récemment, la rivalité économique se retrouve dans celle entre Matsushita (松下, propriétaire des marques Panasonic et National) domicilié à Osaka et Sony, qui a son siège dans le sud de Tokyo. Osaka est aussi la ville de Sanyo, Sharp, Suntory, Daijin, Mizuno, et Zojirushi. La liste est impressionante mais la ville, très industrielle, a beaucoup souffert de la crise des années 90. Elle a par contre gardé sa réputation de lieu où l’on aime la bonne chère : Okonomiyaki(お好み焼き), Takoyaki (たこ焼) et Udon (うどん) sont parmi les spécialités locales les plus connues. Terminons en constatant que le Kansai, au contraire de la région de Tokyo, a été aménagé principalement par les compagnies de train privés, avec un résultat finalement aussi pratique que celui de la capitale.
Une visite du centre d’Osaka pourra commencer à Umeda, le quartier moderne entourant la gare d’Osaka. Au nord de la gare se trouve le centre commerçant, avec les grands magasins japonais. Au sud se trouve le quartier d’affaire avec ses immeubles modernes. On pourra marcher jusqu’au centre ville, Namba(難波), en remarquant au passage les quelques bâtiments de la première moitié du 20ème siècle qui ont survécu aux grandes catastrophes. La banque du Japon a le style néoclassique des batiments officiels du début du siècle, et le siège de la compagnie Osaka Gas(大阪ガス), un peu plus au sud est un bel exemple d’architecture des années 30. Le quartier à l’ouest de la Midosuji(御堂筋), la grande artère nord-sud agréablement plantée, est l’endroit le plus intéressant.
Le quartier de Nanba est le centre d’Osaka. Il s’étale sur les rives de la 'Dotonbori' (道頓堀). Avec ses enseignes originales, dont le célèbre crabe mécanique, c’est une métaphore du Japon matérialiste, et aussi un quartier commerçant sympathique. Ses galeries couvertes lui donnent un petit air de ville de province. C’est historiquement le quartier des distractions, et il comptait de nombreux théatres de Kabuki.
Le tour du centre ville peut se terminer à Tsutenkaku (通天閣), une tour publicitaire construite en 1956 et sponsorisée par la société Hitachi sur le site d’une réplique plus ancienne de la Tour Eiffel, détruite pendant la guerre. A proximité de la station de métro d’Ebisucho mae(恵美須町駅), c’est un très bon exemple de cette architecture de style « Showa », du nom du règne de l’empereur d’après-guerre. Celui-ci mèle le béton au métal. Après un séjour assez long au Japon, on arrive à apprécier son atmosphère désuette.
Un voyage à d’Osaka peut se compléter agréablement par la visite du parc d’attraction d’Universal Studio Japan, du chateau de la ville, reconstruction d'après-guerre offrant de belles vues sur la ville, et surtout par le superbe aquarium (Kaiyukan, 海遊館). Terminons en signalant qu’Osaka peut être une base très pratique pour visiter les villes voisines de Kyoto et Nara(奈良), en particulier pendant les périodes d’Obon ou du Golden Week, où il est impossible de trouver un hébergement à Kyoto.Les « business hotels » d’Osaka seront en revanche presque vides.

Vous pouvez continuer votre lecture en prenant le Tokaido Shinkansen, qui vous emmenera dans la région de Tokyo.

Renseignements pratiques

Accès à Osaka : vols directs depuis Paris par Airfrance (1 vol quotidien), possibilité de billets en « open jaws » (par exemple aller vers Osaka, retour depuis Tokyo) au même tarif qu’un aller retour.

Accès depuis Tokyo : Tokaido Shinkansen Nozomi : 2h36min, 14,050 Yens, Hikari 3h07, 13750 Yens. Arrivée à Shin-Osaka (新大阪) Accès rapide à Umeda, Honcho, et Namba par la ligne de métro Midosuji-sen (御堂筋線).

Accès à Kyoto : ligne Keihan (京阪線) de Yodoyabashi (淀屋橋) à Keihan Sanjo (京阪三条) en plein centre ville(51 minutes, 400 Yens), ou JR de Osaka à Kyoto (moins pratique).

Accès à l’aquarium : ligne de métro Chuo-sen, 7 minutes depuis la station Honcho jusqu’à OsakaKo (大阪港), correspondance entre la JR Loop line et la ligne Chuo à la station de Bentencho (弁天町) ou Morinomiya (森ノ宮). Ouvert de 10 heures à 8 heures, entrée Y2000 pour les adultes. Détail des horaires et activités sur le site (http://www.kaiyukan.com/eng/info/index.htm).

Accès à Universal Studio Japan Ligne : JR Yumesaki (ゆめ咲線), sortie à « JR Universal City », 5 minutes depuis la station Nishikujo (西九条) sur la ligne Osaka Kanjo (大阪環状線). Horaires et détails sur le site (http://www.usj.co.jp/e/).

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mercredi 2 juillet 2008

La plus belle vue du Kansai

Le Japon est un archipel montagneux. Plus des deux tiers sont occupés par des montagnes abruptes recouvertes de forêt, et il ne reste parfois que quelques centaines de mètres de plaine coincées entre les collines et la mer pour organiser la vie humaine. Je vous propose une excursion sur les sommets du « Rokko-san » (六甲山) près de Kobe (神戸), pour une leçon spectaculaire de la géographie japonaise, et sans doute la plus belle vue du Kansai (関西). Le voyage pourra se terminer dans la station thermale d’Arima (有馬), peut-être la plus ancienne du Japon.
Pour les moins courageux, un funiculaire impressionnant permet l’accès au plateau du sommet. La terrasse d’observation à proximité du la gare supérieure mérite une halte pour la superbe vue de Kobe. Puis, sur le plateau, un bus offre une liaison pratique entre les différentes attractions. La montagne peut aussi se gravir à pied, à partir de la station de ashiya-gawa (芦屋川) sur la ligne Hankyu Kobe (阪急神戸線). Il suffit de suivre la direction « Rock Gardens » (ロックガーデン), puis le sentier bien indiqué pour le sommet du Rokko-san. Il faut compter 5 heures pour la montée et la descente jusqu’à Arima. Les précautions inhérentes à la randonnée au Japon sont de rigueur.
Le Mont Rokko est une station climatique depuis 1895, quand un résident anglais, Arthur H Gloom, installa un chalet de montagne. L’endroit se développa ensuite comme une station climatique permettant de profiter de la fraîcheur du sommet. La montagne est partie intégrante de l’identité de la ville, puisque l’hymne des supporters des Hanshins Tigers se nomme Rokko Oroshi (六甲颪) ou « Le vent du Mont Rokko ». D’après les supporters du Kansai, celui-ci s’exécute de préférence après quelques bières pendant une victoire écrasante des Hanshins Tigers (阪神タイガー) contre leurs grands rivaux des Yomiuri Giants (読売巨人), l’équipe de Tokyo.
L’endroit présente toutes les attractions des lieux touristiques japonais: Le « Rokko Garden Terrace », une réplique de village européen, abrite ainsi des boutiques chics. Le complexe comprend même une fausse tour de château avec un revêtement qui rappelle plus les maisons japonaises que les châteaux cathares. Le Mont Rokko est également réputé pour ses pâturages à mouton. Il est possible de visiter la ferme, et l’on fabrique du fromage local. Un restaurant propose évidemment le Genghis Kahn, un ragoût au mouton, à proximité du « Rokko Garden Terrace ». Le sommet contient également le plus ancien golf japonaise, un jardin botanique alpin, et un parc « Country House » servant également de piste de ski artificiel.
Plus que ses attractions sympathiques, le plus agréable est la magnifique vue du sommet. La terrasse du « Rokko Garden Terrace » est bien adaptée à l’observation. Le regard porte de Kobe à Osaka jusqu’à la mer, distante de seulement quelques kilomètres à Kobe. Par temps clair, l’aéroport international du Kansai, construit sur une île artificielle, est aussi visible. L’agglomération est immense, mais les grands immeubles sont relativement rares. La ville japonaise est souvent chaotique : les immeubles hétéroclites sont rassemblés sans logique d’ensemble, à l’exception du centre de Kobe reconstruit largement après le tremblement de terre. Les terrains artificiels gagnés sur la mer sont bien visibles. A Kobe, il s’agit principalement de l’île de Rokko, et de l’île du port. A cause de la crise économique, tous les terrains créés à grand frais ne sont pas utilisés. Durant le tremblement de terre, ces terrains gorgés d’eau se sont montrés particulièrement instables. Cela n’a pas empêché la ville de construire son aéroport sur des terres gagnées sur la mer, encore plus loin du rivage que le port.
Après avoir profité de la vue, il est intéressant de revenir à Kobe par l’autre versant. Un téléphérique permet de rejoindre la station thermale d’Arima. Le voyage de 12 minutes est fort agréable au dessus de la forêt. Le retour à Kobe depuis Arima est rapide, mais vous pouvez probablement passer quelques heures à profiter des sources thermales. La légende veut qu’un empereur du 7ème siècle ait fait un séjour de plusieurs mois dans la ville pour profiter de ses eaux. La ville a ensuite connue des fortunes diverses, et un éboulement majeur au XIè siècle. Elle fut reconstruite par le général Toyotomi Hideyoshi au 16è siècle, et a prospéré depuis. Les deux bains publics de « Kin-No-Yu » (金の湯) et « Gin-no-Yu » (銀の湯) accueillent les visiteurs en journée, et de nombreux ryokans vous hébergeront pour la nuit.
Vous pouvez continuer votre lecture par une journée à Osaka.
Accès au Mont Rokko

Le funiculaire « Rokko Cable Car » permet de rejoindre le sommet. La gare de départ est proche de la station « Rokko » sur la ligne Hankyu. Billet aller-simple : Y570 (3.45 Euros), aller-retour Y1000 (6 Euros). Une formule aller-retour incluant le bus du sommet « Omote Rokko Shuyu Joshaken » est proposée à Y1300. L’accès au départ du funiculaire est aussi possible par le bus 16 depuis les gars de Hankyu Rokko et JR Rokko_michi.

Le téléphérique « Rokko Arima Ropeway » relie la station d’Arima au sommet. Le billet coûte Y980 (6 Euros) pour un aller-simple, Y1770 (10.80 Euros) pour un aller-retour. Une formule comprenant aussi le bus du sommet « Ura Rokko Shuyu Joshaken » coûte Y1900 (11.52 Euros).

Un billet aller-simple de Kobe à Arima comprenant funiculaire, bus du sommet, et téléphérique « Rokko Arima Katamichi Joshaken » coûte Y1700 (10.30 Euros).

Le retour d’Arima à Kobe s’effectue par la compagnie Shintetsu (神鉄), avec un changement à Arimaguchi (有馬口), puis une correspondance à Tanigami (谷上) avec le métro de Kobe qui ramène directement en centre ville. Le trajet jusqu’à Sannomiya (三宮) coûte Y900 (5.45 Euros) pour 30 minutes de trajet.

Kin-No-Yu: Admission Y650 (4 Euros), ouvert de 8 :00 à 22 :00, fermé les seconds et quatrièmes mardis de chaque mois.
Gin-No-Yu: Admission Y550 (3.3 Euros), ouvert de 9 :00 à 21 :00, fermé les premiers et troisièmes mardis de chaque mois.
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