dimanche 30 décembre 2007

Le football professionnel au Japon

Niigata (新潟) est un port pluvieux de 800.000 habitants sur la mer du Japon. La région est réputée pour son riz. Si vous vous y étiez rendu en 2003, vous auriez eu la surprise de voir le stade (Big Swan) rempli de plus de 30.000 personnes pour chaque match de l’équipe locale (Albirex Niigata), alors en deuxième division du championnat professionnel de football. Le club n’est pourtant professionnel que depuis 1999, mais a sans doute comblé un vide dans une ville qui ne dispose pas d’équipe de baseball professionnelle à laquelle les habitants peuvent s’identifier. C’est aussi le résultat de la politique volontariste du président, Hiromu Ikeda, qui n’a pas hésité à distribuer des billets gratuits pour remplir son stade. Depuis, les gens reviennent régulièrement, et l’équipe fait maintenant partie de l’identité de la ville.

Le club de Niigata a terminé 6ème du championnat 2007, et un avenir brillant lui est promis. Il est en tout cas atypique dans le championnat japonais, où la plupart des clubs appartiennent à des entreprises. Urawa Red Diamond (浦和レッドダイヤモンズ), le club de la banlieue populaire du nord de Tokyo est ainsi la propriété de Mitsubishi (三菱), et lui a donné son nom (Mitsubishi signifie 3 diamants). C’est aussi un des clubs les plus populaires, puisqu’il a attiré en moyenne pour la saison 2007 plus de 46000 spectateurs. Le club des Gamba Osaka (ガンバ大阪) appartient lui à Matsushita (propriétaire des marques Panasonic et National), Les Yokohama Marinos (横浜F・マリノス) appartient eux à Nissan. Tous ces clubs de grande ville ont déjà gagné des titres de champion. Pourtant, les clubs les plus titrés sont dans de plus petites villes : Le Jubilo Iwata (ジュビロ磐田), un des clubs de Shizuoka, de son côté, appartient à l’entreprise Yamaha Motors (ヤマハ発動機株式会社), et a été trois fois champion. La petite ville de Kashima (65.000 habitants), entourée d’usines chimiques et métallurgiques est le siège du club de « Kashima Antlers », (鹿島アントラーズ), 5 fois champions et propriété de Sumitomo (住友). Ce tour des grands clubs japonais serait incomplet sans mentionner les « Shimizu S-pulse » (清水エスパルス), l’autre club de la région de Shizuoka (静岡市). Cette région est parfois appelée le « Brésil du Japon » car le football y est populaire depuis longtemps. Comme le club de Niigata, Shimizu n’est la propriété d’aucune grande entreprise, mais est supportée par de nombreux partenaires locaux. L’équipe est très implantée dans la ville, et a donnée son nom au centre commercial local (Shimizu Dream Plaza), ainsi qu’au service de ferry (Shimizu Dream Ferry). Les derbys entre Shimizu et Iwata, les deux clubs de Shizuoka, sont parmi les plus réputés du Japon.


Vous devrez être prêt à débourser de 2000 Yens (13€ - virage) à 5000 yens (30€ - tribune) pour voir un match. Le spectacle offert par les matches de J1 est plutôt intéressant. Il s’y marque plus de buts qu’en France (2.83 buts par match contre 2.25 buts lors de la dernière saison), même si cela est parfois dû à des erreurs défensives. Le niveau est difficile à comparer avec la France, même si, lors de la dernière confrontation en Corée lors d’un tournoi de pré-saison, l’Olympique Lyonnais a largement dominé l’équipe de Shimizu 2 à 0. En tout cas, la décoration des tribunes et les chants sont préparés avec application, jusqu’aux partitions de champs de supporter scrupuleusement distribuées (l’auteur de ce blog a ainsi reçu plusieurs feuilles de « La la la laaa la la la la laaaaaaaaa Shimizu S Puuuuuuuuulse La La Laaa» avec de subtiles variantes comme « Ole Ole Ole Ole Shimizu S Puuuuuuuuulse »). Le public est souvent familial, et la violence y est très rare. Les stades sont propres, et comme partout au Japon, on y mange bien. Le stade des Kashima Antlers propose ainsi une quinzaine de stands vendant des plats allant du riz au curry (カレーライス500 Yens 3€) au ragoût de tripes (もつ煮込み 500 Yens 3€) en passant par les crêpes (300 Yens 2€), les tomates cerises (300 Yens 2€), le steak au riz (ステーキ丼 500 Yens 3€) ou les brochettes de poulet grillées dans le stade (焼き鳥150 Yens / 1€ la brochette).

Le Japon n’est pas traditionnellement une terre de football, le baseball étant ici le sport roi. La plus grande rivalité du sport japonais oppose ainsi les Hanshin Tigers (阪神タイガースéquipe de la région d’Osaka, deuxième ville du pays), aux Yomiuri Giants (読売ジャイアンツ), l’équipe de Tokyo, la capitale. Ainsi, le championnat professionnel de football n’a été créé qu’en 1993, pour remplacer la « Japan Soccer League » amateur. La formule choisie était alors atypique. Tous les matches nuls étaient suivis de prolongations, puis si nécessaire de tirs au buts pour déterminer un vainqueur. Le championnat était également organisé en deux phases jusqu’en 2004, chaque vainqueur d’une des phases pouvant jouer la finale du championnat. Il n’y avait également pas de division inférieure, et donc pas de relégation. Les deux premières années ont été un franc succès. Les stades étaient pleins, et les matches souvent diffusés à la télévision nationale aux heures de grande écoute.

Puis le championnat a connu une grave crise financière. Il s’est alors réformé pour ressembler plus aux ligues européennes. En plus de la J1 de 18 clubs, la J2 a ainsi été créée en 1999, et compte maintenant 15 clubs. Les 2 derniers clubs de J1 sont ainsi relégués automatiquement en J2, et le troisième club le moins bien classé de J1 joue les barrages contre la troisième meilleure équipe de J2. Ainsi, en 2007, Les clubs « Yokohama FC », « Ventforet Kofu », et « Sanfrecce Hiroshima » ont été relégués en J2. Les clubs « Tokyo Verdy 1969 », « Kyoto Sanga FC » et « Consadole Sapporo » ont été promus. La système de championnat à deux phases a été aboli en 2005, après que le Jubilo Iwata gagne les deux phases en 2002, et les Yokohama Marinos réussissent le même exploit en 2003, rendant la phase finale inutile. Les clubs professionnels participent aussi aux deux coupes nationales. La Nabisco Cup se joue seulement entre les équipes professionnelles, alors que la coupe de l’Empereur (天皇杯) rassemble elle tous les clubs du pays, professionnels comme amateurs. Les trois premières équipes du championnat participent aussi à la coupe d’Asie des Champions (Asian Champion Cup).

Ces réformes ont été efficaces. Si les japonais suivent surtout les résultats de l’équipe nationale (Trois fois championne d’Asie), le championnat a trouvé son public. La moyenne de spectateurs était ainsi de 19081 spectateurs pour l’année 2007. Pour référence, la moyenne de spectateurs dans la Ligue 1 française en 2006-2007 était d’environ 21811 spectateurs. Le budget des clubs est toutefois bien moindre au Japon, le plus gros budget pour la saison 2006 (Urawa) était d’environ 7 milliards de Yens (43M€). Un budget plus typique est celui des Shimizu S pulse, autour de 3 milliards de Yen spour la même saison (18 M€). En France, le plus gros budget (Olympique Lyonnais) est d’environ 110M€, alors que le budget d’une équipe de milieu de tableau (Lille) est d’environ 35 M€ (saison 2006-2007). Les salaires des joueurs ne sont d’ailleurs pas très élevés, avec une moyenne de 2M Yens (soit 120.000€ par an) contre 456.000 Euros en France(4 fois celui de la J1), et 1,7M€ en Angleterre (15 fois celui de la J1). Les stars sont aussi moins rémunérées. Le joueur le mieux payé en J1 reçoit un salaire de 110M Yens (670.000 €) par an. A titre de comparaison, un des plus gros salaires de ligue 1 française était celui du milieu de terrain lyonnais Juninho, estimé à 4.5 millions d’euros pour la saison 2006-2007.

La reconversion des joueurs est souvent délicate. Ils passent en effet en quelques mois du statut de star locale, à celui d’anonyme peu fortuné. De rares élus pourront rester dans le football comme entraîneurs. La plupart quittent le sport professionnel très tôt (autour de 22 ans-23 ans), et décident de retourner à l’université. Certains suivent une carrière plus originale. Yaso Yuji (八十祐治), ancien joueur des Gamba Osaka et des Vissels Kobe (ヴィッセル神戸) est ainsi devenu avocat. Le joueur Takahiro Yamada (山田隆裕) est le propriétaire d’une franchise de camions de « Melon Pain » (メロンパンun lointain cousin de nos camions pizzas). Son entreprise a eu du succès au départ, mais elle est actuellement en procès avec ses franchisés sur la qualité des ingrédients fournis.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Ca donne vraiment envie de regarder un match de j-league! Très bon article vraiment!

Anonyme a dit…

Très intéressant et bien expliqué !
Est-ce vrai que le public fanatique est plutôt féminin ? (c'est l'image qui est souvent donnée en France).
Sinon les sommes en J1 sont plus faibles qu'en France mais c'est pas si mal par rapport à l'idée que je m'en faisais.
Les pros s'arrêtent si tôt ? 22 ans ? A quel âge commencent-ils ? En France, 22 ans doit être l'âge moyen de début de carrière pro.

Uchimizu a dit…

Bonjour,

le public au Japon est plus féminin qu'en France. Je crois qu'il y a environ 60% d'hommes et 40% de femmes dans les stades. La proportion dans les groupes de supporters actifs est à peu près la même.

Les pros qui réussissent terminent évidemment leur carière plus tard que 23 ans. Mais beaucoup de joueurs ne restent que quelques années professionnels, et arrêtent leur carrière après avoir été remercié par leur club.