mercredi 20 août 2008

Les quartiers de Tokyo: le centre

Lors d’une première visite de la ville, on cherche parfois le « centre » de Tokyo (東京) autour des grandes gares de Shinjuku (新宿) et Shibuya(渋谷), ou même parfois, dans le « ghetto étranger » de Roppongi (六本木). Ceux-ci sont pourtant d’urbanisation récente. Le quartier d'Akasaka, serait déjà un meilleur candidat. Mais c’est plutôt dans les environs de la gare de Tokyo et du palais impérial que nous trouverons les quartiers les plus anciens et les plus intéressant. Les ambiances et l’architecture y sont très divers, depuis les espaces verts du palais impérial jusqu'aux minuscules gargottes sous les voies de Yurakucho. L’endroit mérite une visite en semaine, quand les hommes d’affaires y sont présents, et une autre le dimanche, quand les rues sont rendues aux piéton et aux vélos.
Nous commencerons en fin d’après-mid à la station de Sakuradamon (桜田門). Dès la sortie, on remarque les immenses douves du palais de l’empereur (皇居). La forêt de pin prend un petit air méditérannéen au coucher du soleil. De l’autre côté se trouve le quartier administratif de Kasumigaseki (霞ヶ関), siège du gouvernement japonais. L’ancien bâtiment du ministère de la justice (債務所), construit en 1895 par des architectes allemands (Boeckmann et Ende), puis restauré après guerre, est juste de l’autre côté du carrefour. Il sert maintenant de centre de formation pour le ministère. Il existe d’autres bâtiments de ce style en brique rouge, appelé « London Style » : l’incontournable gare de Tokyo, et son "Classic Hotel", et le bâtiment du « Tokyo Bankers Club » (東京銀行協会) plus au nord. La façade d’origine a été conservée pour les premiers étages, une tour moderne a été construite au dessus. Le quartier du « Bankers Club » est Otemachi (大手町). C’est le siège de la plupart des entreprises de presse japonaise depuis 1957, quand le gouvernement a libéré les terrains des environs à l’occasion de son déménagement vers Kasumigaseki.
Depuis Sakuradamon, on peut rejoindre Otemachi en traversant l’esplanade des jardins extérieurs du palais (皇居外苑). Le principal luxe de cette esplanade est l’espace indécent dans une ville bondée comme celle de Tokyo. La lumière dorée de la fin de l’après-midi convient aussi bien à cet endroit. Un tour complet des espaces verts peut passer par le parc d’Hibiya(日比谷公園), une version réduite du Central Park New-Yorkais, lui aussi bordé de hauts buildings.
Au nord du parc d’Hibiya, et au sud d’Otemachi se trouve le quartier d’affaires de Marunouchi(丸の内). Le mot en japonais signifie « à l’intérieur des fortifications du château », il existe donc des endroits de ce nom dans la plupart des villes qui possédaient un château. De nombreux daimyos, nobles japonais, y avaient leurs quartier durant l'Ere Edo. Après la restauration de Meiji, le terrain fut racheté par l'entreprise Mitsubishi, et Marunouchi est maintenant naturellement le siège de nombreuses banques et entreprises traditionnelles japonaises, certaines issues directement des grandes maisons nobles. Il est aussi le quartier le mieux desservi : 11 des 14 lignes de métro de Tokyo ont une halte dans le gros kilomètre carré des quartiers décrits ici, en plus des connections très pratiques vers les deux aéroports, et les banlieues du nord et du sud de la ville. L’architecture est dépouillée, résolument carrée. Les néons paneaux publicitaires, si fréquents dans les autres quartiers, sont totalement absents. L’ambiance est résolument snob : Il existe même un terme : « Marunouchi OL » pour les employées de bureaux féminines du quartier, au style classique mais très élégant. « OL », ou Office Ladies, désigne les employés féminins à des tâches administratives et de secrétariat, avec parfois beaucoup de responsabilités dans la bonne marche de l’entreprise.
Si l’adresse est la plus chic du Japon pour un bureau, le quartier avait une image un peu vieillote et on lui reprochait son manque de vie jusqu’au milieu des années 90. Depuis qu’un plan de rénovation a été lancé en 1996, de nouveaux grands buildings, comme le Marunouchi Building ou « Marubiru » (丸ビル) ont été construits. Ils rassemblent, comme toutes les nouvelles tour de Tokyo, des bureaux et des espaces « à vivre » avec commerces luxueux et restaurants. Les rues ne sont donc plus uniquement peuplées de « Salaryman » , ces salariés japonais des grands groupes, portant traditionnellement un costume noir, une chemise blanche, et une cravate exhibant un festival de gris et de bleu marine ; leur teint de visage un peu sombre est appelé sakeyake (酒焼け),ou « bronzé à l’alcool », une conséquence des décennies de sorties arrosées entre collègues.
La plupart des quartiers dynamiques de Tokyo ont vu un hotel de luxe international se construire, du « Park Hyatt » rendu célèbre par « Lost in Translation » à Shinjuku au « Ritz Carlton Tokyo » dans la nouvelle tour de « Tokyo Mid Town » à Akasaka. Marunouchi n’est pas en reste, avec l’installation du « Péninsula Hotel », la célèbre chaine d’hotels de Hong-Kong, à proximité de Yurakucho. Le quartier contient également le prestigieux « Imperial Hotel » (帝国ホテル), un des trois grands hotels traditionnels de Tokyo (en compagnie de l’Okura et du New Otani). Je préfère personnellement souvent l’ambiance traditionnelle reposante de ces établissements typiquement japonais à leurs plus design successeurs, d’autant que les New Otani et autres Okura sont souvent plus abordables.
Rendons nous maintenant dans le sud de Marunouchi autour de la gare de Yurakucho (有楽町). Le Tokyo International Forum (東京国際フォ-ラム), un grand bâtiment moderne dont la forme rappelle une coque de bateau, mérite certainement une visite. Pour ceux qui souhaitent acheter de l’électronique, le « Big Camera » (ビックカメラ) à proximité de la station est aussi pratique que le quartier d’Akihabara (秋葉原). Yurakucho présente aussi un autre visage, avec ces petits restaurants de Yakitori (焼鳥), brochettes de poulet qui se dégustent en buveant de l’alcool, sous les arches du chemin de fer. L’ambiance y est beaucoup plus intime que les grands immeubles de bureau. On croise aussi souvent une petite baraque ambulante au pied des grands immeubles qui proposent de l’oden, une sorte de pot au feu, et où hommes d’affaires et bureaucrates mettent une touche de chaleur humaine à leur journée.
De l’autre côté de la ligne de chemin de fer se trouve le quartier de Ginza (銀座), ou la « monnaie d’argent », une référence aux atelier de frappe de monnaies qui s’y trouvaient.C’est traditionnellement le quartier du luxe, des boutiques de vêtements et d’accessoires. Les grands magasins sont nombreux. Mitsukoshi (三越) et Wako (和光) sont situés à proximité de l’intersection de la Chuo Dori 中央通りet de l’Arumi Dori (晴海通り). Cette intersection est le centre officieux de Ginza, l’endroit d’où sont prises les cartes postales. C’est aussi le quartier des showrooms d’entreprise. Le plus célèbre, celui de Sony, est situé sur le carrefour de Sukiyabashi (数奇屋橋).
La nuit, le sud du quartier, aux environs de Shinbashi, rassemble les hôtesses les plus chics de la ville, facilement reconnaissables à leur tenue de soirée. Les occidentaux comprennent souvent mal ces établissements, qui permettent aux hommes d’affaires de discuter avec de ravissantes jeunes filles qui compatissent à leur malheur sans offrir de services plus intimes. Les demoiselles des meilleurs établissements prennent leur travail au sérieux, et potassent régulièrement l’économie et la vie des entreprises pour être sûr d’avoir de la conversation. Gageons que le plaisir subtil de discuter de moteurs hybrides ou de subprimes avec une jeune fille prévenante et aux formes parfaites vaut bien les tarifs onéreux de ces établissements.
Notons, sur un registre plus classique, que c’est aussi un excellent endroit pour trouver du matériel photographique d’occasion et manger des sushis (寿司), le marché aux poissons de Tsukiji (築地) étant tout proche. Celui-ci méritera une autre visite le matin. Suite à des abus, les touristes ne peuvent pas aller partout, mais l’ambiance vaut le déplacement. Le marché déménagera sur une île artificielle à Toyosu en 2012, et beaucoup craignent que l’ambiance unique disparaisse dans les nouveaus locaux, en plus des petits marchands qui ne pourront peut-être pas se permettre les nouveaux tarifs.
Plus au sud, le quartier d’affaires de Shinbashi (新橋), la plus vieille gare de Tokyo, avait une image vieillotte jusqu’à ce qu’un terminal de fret ferrovaire soit redéveloppé en zone de bureaux ultra-moderne du nom de Shiodome(汐留). Certaines vues de ce relativement petit quartier ne seraient pas déplacées dans un film d’anticipation. Le contraste est énorme avec le quartier de Tsukiji, centre de l’énorme marché au poisson, situé à quelques centaines de mètres, où les entrepots se succèdent dans un chaos sympathique. Nous terminerons à Shiodome ce court voyage, et évoquerons dans de prochains articles les nombreux autres quartiers intéressants du centre ville.

Quelques adresses

Tsubakiya Coffee (椿屋珈琲) Tokyo, Chuo-ku, Ginza 7-7-11 Sugawara Denki Building 2-3F, 東京都中央区銀座7-7-11菅原電気ビル2・3F, tel : 03-3572-4949, ouvert de 10h00 à 4h30 du matin en semaine et de 10h00 à 23h00 le samedi et le dimanche : un salon de thé assez cher, mais un des meilleurs endroits pour observer les habitués du quartier. Café à partir de 880 Yens (5.50 Euros), formules de déjeuner à partir de 1100 Yens (6.8 Euros). Depuis Shinbashi, prendre la « Chuo Dori » vers le nord, et tourner à gauche à la première petite rue après avoir traversé l’autoroute suspendue. Le salon de thé se trouve à une cinquantaine de mètres sur la droite (http://www.tsubakiya-coffee.com/)

Ginza Rengatei (煉瓦亭) 東京都中央区銀座3-5-16 Ginza, Chuo-Ku Tokyo, tel : 03-3561-7258, ouvert en semaine de 11 :15 à 14 :15 (dernière commande), et de 16 :40 à 20 :30 (dernière commande), ainsi que le samedi de 11 :15 à 14 :15 (dernière commande), et de 16 :40 à 20 :00 (dernière commande) : un restaurant de cuisine japonaise-occidentale traditionnelle proposant les classiques escalopes à la grande friture (カツレツ à partir de 1200 Yens - 7.50 Euros) steaks à la japonaise et Home Rice (オムライス, à partir de 1250 Yens - 7.80 Euros). On dit que ce sont les meilleurs de la ville. Le restaurant se trouve dans le paté de maison opposé au magasin Matsuya (松屋), dans une petite rue parallèle à la Chuo-Dori.

Lounge Faro Shiseido (ファロ資生堂)  東京都中央区銀座8丁目8-3東京銀座資生堂ビル11F, Tel : 03-3572-3922, ouvert de 11 :30 à 23 :00 du lundi au samedi, et de 11 :30 à 18 :00 les jours fériés. Un café tendance dans un décor blanc futuriste, avec une superbe vue sur le quartier, tout en haut du showroom de la marque Shiseido. On peut y faire un déjeuner ou un goûter agréable (formule boisson patisserie autour de 1500 Yens - 9.30 Euros). Le restaurants Shiseido Parlour (資生堂パーラー) au 4ème étage du même complexe est un des endroits emblématiques de ginza, et sans doute le seul endroit de la ville qui propose des currys à plus de 10.000 Yens. (http://www.shiseido.co.jp/faro/). Situé sur l'avenue Chuo-Dori dans le sud de Ginza près de Shinbashi

Umai Sushi-Kan (うまい鮨勘), Etage B2 (sous-sol), Karetta Shiodome 1-8-2, Higashi Shinbashi, Minato-Ku, Tokyo〒105-7090 東京都 港区東新橋1-8-2 カレッタ汐留B2. La branche de la chaine Umai Sushi-Kan dans le quartier propose des sushis de 1500 Yens (9.30 Euros) à 3000 Yens (18.60 Euros) par personne pour un bon repas. ouvert de 11h à 23h la semaine, et de 11h à 22h les jours fériés (http://www.sushikan.co.jp/)

Il est recommandé d’utiliser les sites Yahoo Gourmet http://gourmet.yahoo.co.jp/ ou Gunavi http://www.gnavi.co.jp/ pour chercher un restaurant ou un bar (sites en japonais). Les restaurants changent souvent à Tokyo et une adresse est très vite périmée.

5 commentaires:

alain a dit…

toujours aussi bien documenté et précis ;)

pour info les Bic Camera et autre Yodobashi Camera ne sont pas les endroits les moins chers pour le matériel photographique, il faut adopter leur système de carte de fidélité (avec une adresse fixe au japon) pour que les prix soient vraiment intéressants, la différence est parfois importante ;)

cela dit ils permettent d'essayer le matériel photo sur place, même le plus onéreux, ce qui est très pratique :)

pour avoir une idée des meilleurs prix : kakaku.com (plutôt bien traduit par google)

(L’architecture est dépouillée, résoluent carrée. > manque un M)

Anonyme a dit…

Merci pour ce billet bien documenté, auquel je ne reproche que quelques coquilles dans les transcriptions en kanji et hiragana :

- 酒焼け pour 酒焼き
- 和光 pour 和屋 

Dans une optique d'exactitude, serait-il possible d'effectuer ces quelques corrections ?

Un lecteur.

Uchimizu a dit…

Merci au lecteur anonyme et à Alain pour avoir repéré ces petites erreurs. Ces commentaires sont particulièrement utiles pour m'aider à améliorer la qualité des articles.

Toutes les erreurs signalées devraient maintenant être corrigées.

Chris a dit…

Merci pour cet article, même en travaillant à Tokyo, j'ai appris pas mal de choses grace à cet article, comme quoi je ne suis pas encore allé dans le coin Shiodome, c'est un peu loin ^^

laurent a dit…

Bonjour,
je t'avouerai que dans cette compilation sur le centre de tokyo je préfère le coin de shimbashi