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dimanche 28 décembre 2008

L'étape d'Hakone sur la route du Tokaido

La vue du Mont-Fuji depuis le lac d’Hakone est une des cartes postales du Japon. Comme tout lieu touristique, Hakone a évidemment ses excès, et ceux qui ont attendu deux heures pour monter dans le téléphérique en garderont un mauvais souvenir, surtout si leur récompense a été une vue imprenable sur … les nuages qui cachaient le célèbre volcan. Pourtant, si l’on évite les courtes périodes d’affluences, et si le temps est de la partie, Hakone est une excursion inoubliable à 1 heure de train de Tokyo : l’activité volcanique, les superbes panoramas, et des randonnées agréables vous permettront d’oublier quelques instants l’agitation de Tokyo. Vous pouvez aussi faire étape à Hakone pour compléter un voyage au Japon centré sur le Kanto (la région de Tokyo). Celui-ci comprendra sans doute aussi une halte à Nikko, à Kamakura, dans les montagnes et dans la péninsule d’Izu.
Les mérites d’Hakone sont incontestables, mais le voyage depuis Tokyo est aussi intéressant. Les « Romance Car », un service spécial de la compagnie privée Odakyu, offrent en effet quelques places panoramiques avec une vue sur tout l’avant du train, car la cabine du conducteur est surélevée. Comme le train traverse toute la banlieue Tokyoïte depuis le grand centre de Shinjuku, c’est un des meilleurs aperçus de la ville. Depuis les grandes tours, les habitations se font de moins en moins denses, et l’activité se rassemble autour des gares. Les champs apparaissent d’abord perdus entre les maisons individuelles, puis deviennent alors majoritaires, et on voit apparaître la campagne japonaise typique avec ses champs de riz jamais très éloignés des habitations. Après avoir traversé quelques collines, on arrive dans la petite ville de Matsuda (松田), et à Odawara (小田原), avant de remonter une longue vallée jusqu’à la station d’onsen de Hakone Yumoto (箱根湯本).
Hakone Yumoto est une grande station d’onsen assez chic d’où part la ligne de train Hakone-Tozan (箱根当山). Les voyageurs au budget confortable apprécieront le « Classic Hotel » Fujiya près de la gare de Miyanoshita (宮ノ下駅), qui est également un excellent endroit pour juste prendre un verre ou acheter les excellents curry-pans, un des meilleurs du Japon. L’endroit est plus calme que Hakone-Yumoto. La station de Gora (強羅駅), tout en haut de la ligne de train Hakone-Tozan, est également un bon endroit pour profiter des onsens. Il existe de nombreux hameaux isolés avec un ou deux établissements pour ceux qui préfèrent être entourés de calme nature. Si cela ne vous suffisait pas, la péninsule d’Izu n’est qu’à quelques minutes de train d’Odawara, en particulier la station d’Atami, qui revient à la mode.

Le site d’Hakone est situé dans le cratère effondré d’un volcan, une « caldeira » dont le lac occupe l’endroit le plus bas. La dernière éruption a eu lieu il y a 3000 ans, et a formé le lac d’Ashinoko et la vallée d’Owakudani. Entre Hakone Yumoto et le lac d’Ashiko, le site d’Owakudani (大涌谷) a des airs de porte de l’enfer. Des fumeroles sulfurées sortent de terre, ainsi que de nombreuses sources chaudes. Comme nous sommes au Japon, un plat spécial a été imaginé pour l’endroit : les œufs noirs, ou « kurotamago » (黒玉子), bouillis dans les fumeroles volcaniques. Ils sont censés prolongés la vie de sept ans si consommés avec modération, une coutume bien pratique pour augmenter les ventes. Le site se rejoint par le funiculaire, puis le téléphérique depuis Gora.
On vient principalement à Hakone pour les superbes vues du Mont-Fuji. Celles-ci sont les plus impressionnantes entre la fin de l’automne et le début du printemps, quand la montagne est encore enneigée et l’air suffisamment clair pour apercevoir le volcan. Un des endroits les plus agréables est un parc situé sur le site d’un ancien palais impérial (onshi-hakone, 恩賜箱根) entre Moto-Hakone (元箱根) et Hakone-machi (箱根町). Si l’on suit l’itinéraire touristique habituel, on peut rejoindre Moto-Hakone par le bateau qui part du terminus du téléphérique à Togendai (桃源台). Le voyageur sera indulgent envers la présence d’une reproduction d’un bateau de ligne français ou d’un vapeur du Mississipi, et se rappellera que l’éclectisme est aussi un élément central de la culture japonaise.
Une fois arrivé à Moto-Hakone, on atteint cette petite presqu’île du lac d’Ashinoko (芦ノ湖) par 15 minutes de marche depuis Moto-Hakone dans une allée très agréable bordée de pins historiques de l’ancienne route en bordure du lac. A proximité du parc en direction de Hakone-machi se trouve l’ancien poste frontière de Hakone (HakoneSekisho, 箱根関所): il marquait l’entrée de la région du Kanto (littéralement à l’est des portes), et ne pouvait être franchi sans autorisation. Le contrôle des voyages, en particulier des seigneurs, était une des bases du pouvoir du ShogunTokugawa, qui s’assurait ainsi de la présence permanente d’otages de tous les clans dans la ville de Tokyo pour garantir la paix civile.
Depuis Moto-Hakone, une promenade agréable est l’ancienne route du Tokaido, ou Kyukaido (旧街道), qui permet de rejoindre par un sentier en descente, la station de Hakone Yumoto. Comme beaucoup de randonnées au Japon, elle permet de profiter de la forêt qui recouvrent les flancs de cette étroite vallée. De bonnes chaussures de randonnée sont de rigueur. L’étroitesse du chemin qui était le principal axe routier du Japon de l’Ere Edo (17ème au 19ème siècle) étonne, mais on doit se rappeler que les routes anciennes, comme les voies romaines, n’étaient en aucun cas des axes économiques : les échanges commerciaux se faisaient par voie maritime ou fluviale, le transport par route est beaucoup trop coûteux, il était donc réservé aux voyageurs et mouvements de troupe. Sur le chemin, vous croiserez après une heure de marche l’Amasake-Chaya (甘酒茶屋) qui offre un saké chaud bienvenu, et un petit musée présentant l’ancienne route du Tokaido. Après 45 minutes supplémentaires, vous arriverez au petit village de Hatajuku (幡宿), dont la spécialité est la boîte en bois, disponible évidemment dans de nombreuses boutiques de souvenir. Il est possible de continuer sa route jusqu’à Hakone Yumoto, ou de prendre le bus depuis le village. La marche complète jusqu’à Hakone Yumoto prend une grosse demi-journée.

Informations pratiques

Le Romance Car coûte 2020 Yen (15 Euros) de Shinjuku à Hakone Yumoto, avec environ un train toutes les 30 minutes. Un free pass offre le trajet depuis Tokyo et des transports illimités dans la région d’Hakone aux non-résidents. Le prix est de 5000 Yen (38 Euros) pour deux jours et 5500 Yen (42 Euros). Le site en anglais de la compagnie donne des informations détaillées en anglais: http://www.odakyu.jp/english/rc/index.html

L’itinéraire touristique depuis Hakone Yumoto comprend le train HakoneTozan de Hakone-Yumoto à Gora (390 Yens l’aller), puis le Hakone-Tozan cable car jusqu’à Sounzan (早雲山), puis le téléphérique (Hakone Ropeway, 箱根ロープウェイ) jusqu’à Togendai (桃源台) (1330 Yen (10 Euros) l’aller, 2340 Yen (18 Euros) l’aller-retour).

Bien que le funiculaire soit agréable, le plus pratique pour rejoindre moto-Hakone est le bus : 40 minutes depuis Hakone Yumoto (prix 930 Yen (7 Euros)).

Il est préférable d’éviter l’été, où le Mont-Fuji sera certainement invisible, et les périodes d’affluences pendant les jours fériés japonais : golden week entre le 28 avril et le 5 mai environ, et congés de fin d’année autour du premier janvier.

La carte suivante sur le site de l’office du tourisme japonais est fort pratique : http://www.tourisme-japon.fr/explorer/destinations/pdf/tokyo2-fuji-hakone.pdf


Le site Secret Japan propose de nombreux conseils et adresses d’onsen sur la région : http://www.secret-japan.com/forum/hakone-(kanagawa-ken)-t18.html

Le site officiel d’Hakone compte 17 sources d’onsen répertoriées (http://www.hakone.or.jp/english/midokoro/onsen.html)

L’estampe affichée est issue de la série des 53 stations du Tokaido (東海道五十三次) par Utagawa Hiroshige (歌川広重)

Vous pouvez continuer votre lecture et organiser votre voyage avec les articles suivants sur les « Classic Hotels », les Onsens et la péninsule d’Izu.
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mercredi 2 juillet 2008

La plus belle vue du Kansai

Le Japon est un archipel montagneux. Plus des deux tiers sont occupés par des montagnes abruptes recouvertes de forêt, et il ne reste parfois que quelques centaines de mètres de plaine coincées entre les collines et la mer pour organiser la vie humaine. Je vous propose une excursion sur les sommets du « Rokko-san » (六甲山) près de Kobe (神戸), pour une leçon spectaculaire de la géographie japonaise, et sans doute la plus belle vue du Kansai (関西). Le voyage pourra se terminer dans la station thermale d’Arima (有馬), peut-être la plus ancienne du Japon.
Pour les moins courageux, un funiculaire impressionnant permet l’accès au plateau du sommet. La terrasse d’observation à proximité du la gare supérieure mérite une halte pour la superbe vue de Kobe. Puis, sur le plateau, un bus offre une liaison pratique entre les différentes attractions. La montagne peut aussi se gravir à pied, à partir de la station de ashiya-gawa (芦屋川) sur la ligne Hankyu Kobe (阪急神戸線). Il suffit de suivre la direction « Rock Gardens » (ロックガーデン), puis le sentier bien indiqué pour le sommet du Rokko-san. Il faut compter 5 heures pour la montée et la descente jusqu’à Arima. Les précautions inhérentes à la randonnée au Japon sont de rigueur.
Le Mont Rokko est une station climatique depuis 1895, quand un résident anglais, Arthur H Gloom, installa un chalet de montagne. L’endroit se développa ensuite comme une station climatique permettant de profiter de la fraîcheur du sommet. La montagne est partie intégrante de l’identité de la ville, puisque l’hymne des supporters des Hanshins Tigers se nomme Rokko Oroshi (六甲颪) ou « Le vent du Mont Rokko ». D’après les supporters du Kansai, celui-ci s’exécute de préférence après quelques bières pendant une victoire écrasante des Hanshins Tigers (阪神タイガー) contre leurs grands rivaux des Yomiuri Giants (読売巨人), l’équipe de Tokyo.
L’endroit présente toutes les attractions des lieux touristiques japonais: Le « Rokko Garden Terrace », une réplique de village européen, abrite ainsi des boutiques chics. Le complexe comprend même une fausse tour de château avec un revêtement qui rappelle plus les maisons japonaises que les châteaux cathares. Le Mont Rokko est également réputé pour ses pâturages à mouton. Il est possible de visiter la ferme, et l’on fabrique du fromage local. Un restaurant propose évidemment le Genghis Kahn, un ragoût au mouton, à proximité du « Rokko Garden Terrace ». Le sommet contient également le plus ancien golf japonaise, un jardin botanique alpin, et un parc « Country House » servant également de piste de ski artificiel.
Plus que ses attractions sympathiques, le plus agréable est la magnifique vue du sommet. La terrasse du « Rokko Garden Terrace » est bien adaptée à l’observation. Le regard porte de Kobe à Osaka jusqu’à la mer, distante de seulement quelques kilomètres à Kobe. Par temps clair, l’aéroport international du Kansai, construit sur une île artificielle, est aussi visible. L’agglomération est immense, mais les grands immeubles sont relativement rares. La ville japonaise est souvent chaotique : les immeubles hétéroclites sont rassemblés sans logique d’ensemble, à l’exception du centre de Kobe reconstruit largement après le tremblement de terre. Les terrains artificiels gagnés sur la mer sont bien visibles. A Kobe, il s’agit principalement de l’île de Rokko, et de l’île du port. A cause de la crise économique, tous les terrains créés à grand frais ne sont pas utilisés. Durant le tremblement de terre, ces terrains gorgés d’eau se sont montrés particulièrement instables. Cela n’a pas empêché la ville de construire son aéroport sur des terres gagnées sur la mer, encore plus loin du rivage que le port.
Après avoir profité de la vue, il est intéressant de revenir à Kobe par l’autre versant. Un téléphérique permet de rejoindre la station thermale d’Arima. Le voyage de 12 minutes est fort agréable au dessus de la forêt. Le retour à Kobe depuis Arima est rapide, mais vous pouvez probablement passer quelques heures à profiter des sources thermales. La légende veut qu’un empereur du 7ème siècle ait fait un séjour de plusieurs mois dans la ville pour profiter de ses eaux. La ville a ensuite connue des fortunes diverses, et un éboulement majeur au XIè siècle. Elle fut reconstruite par le général Toyotomi Hideyoshi au 16è siècle, et a prospéré depuis. Les deux bains publics de « Kin-No-Yu » (金の湯) et « Gin-no-Yu » (銀の湯) accueillent les visiteurs en journée, et de nombreux ryokans vous hébergeront pour la nuit.
Vous pouvez continuer votre lecture par une journée à Osaka.
Accès au Mont Rokko

Le funiculaire « Rokko Cable Car » permet de rejoindre le sommet. La gare de départ est proche de la station « Rokko » sur la ligne Hankyu. Billet aller-simple : Y570 (3.45 Euros), aller-retour Y1000 (6 Euros). Une formule aller-retour incluant le bus du sommet « Omote Rokko Shuyu Joshaken » est proposée à Y1300. L’accès au départ du funiculaire est aussi possible par le bus 16 depuis les gars de Hankyu Rokko et JR Rokko_michi.

Le téléphérique « Rokko Arima Ropeway » relie la station d’Arima au sommet. Le billet coûte Y980 (6 Euros) pour un aller-simple, Y1770 (10.80 Euros) pour un aller-retour. Une formule comprenant aussi le bus du sommet « Ura Rokko Shuyu Joshaken » coûte Y1900 (11.52 Euros).

Un billet aller-simple de Kobe à Arima comprenant funiculaire, bus du sommet, et téléphérique « Rokko Arima Katamichi Joshaken » coûte Y1700 (10.30 Euros).

Le retour d’Arima à Kobe s’effectue par la compagnie Shintetsu (神鉄), avec un changement à Arimaguchi (有馬口), puis une correspondance à Tanigami (谷上) avec le métro de Kobe qui ramène directement en centre ville. Le trajet jusqu’à Sannomiya (三宮) coûte Y900 (5.45 Euros) pour 30 minutes de trajet.

Kin-No-Yu: Admission Y650 (4 Euros), ouvert de 8 :00 à 22 :00, fermé les seconds et quatrièmes mardis de chaque mois.
Gin-No-Yu: Admission Y550 (3.3 Euros), ouvert de 9 :00 à 21 :00, fermé les premiers et troisièmes mardis de chaque mois.
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dimanche 15 juin 2008

Week-end de charme dans un onsen

La vie urbaine japonaise est passionnante, mais les citadins souhaitent parfois faire une pause. Dans ce pays travailleur et peuplé, les japonais ont inventé une formule idéale pour oublier, le temps d'un court week-end, les trépidations de la ville. Pour se reposer après un travail intense, quelques moments d'intimité avec son conjoint, ou une sympathique sortie en famille, les auberges traditionnelles (旅館, ryokan) accueillent les voyageurs pour une nuit. La plupart se trouvent dans des stations thermales et offrent des bains dans d'eau de source volcanique (温泉, onsen). Plus qu'un hébergement, les ryokans offrent une véritable mise en scène, un voyage dans un Japon traditionnel probablement idéalisé.
Au départ des grandes villes japonaises, une ou deux heures suffisent à rejoindre les stations thermales. Il en existe de toutes tailles et standing. La très populaire station de Kinugawa-onsen(鬼怒川温泉), à proximité de Nikko(日光), a une architecture moderne et fonctionnelle, d'une esthétique relative. Beaucoup plus chic, Shuzenji-Onsen (修善寺温泉), à 90 minutes de Tokyo, réunit des établissements de luxe dont l'architecture est digne des plus beaux temples du pays. Des auberges isolées dans la montagne proposent une escale en pleine nature. La très pratique station d'Atami (熱海), à 50 minutes de Tokyo, ressemble à un petit Monaco, avec ses grands immeubles à flanc de montagne.
Un week-end en onsen débute le samedi matin à la gare, ou à l'agence de location de voiture. Vous quitterez la ville, et vous rendrez à destination en prévoyant une petite visite sur le chemin, et, si possible, un déjeuner dans un endroit sympathique. Les voyageurs à destination de Shuzenji pourront ainsi faire une halte bien méritée à Mishima (三島) pour goûter l'anguille locale (うなぎ, unagi). Les visiteurs de Kinugawa-onsen pourront se rendre à, la montagne (山頂) surplombant la station à pied ou par le téléphérique. Il est recommandé d'arriver en milieu d'après-midi au ryokan. L'architecture de ces établissements est très variée : certains sont situés dans des maisons de style traditionnel en bois anciennes ou récentes. D'autres sont des établissements modernes, à l'aspect résolument béton : il ne faut pas s'arrêter à l'extérieur de ces hôtels, dont le service est souvent très bon. Certains offrent même un service traditionnel en chambre de tatami. Et une fois à l'intérieur, la façade n'aura plus aucune importance.
Vous serez reçu chaleureusement dans l'établissement, par un personnel en tenue traditionnelle, qui vous conduira dans votre chambre. Les chambres sont de style japonais (和室) en tatami et en bois. Le service traditionnel comprend le repas dans la chambre. La table est rangée pour la nuit, et la literie japonaise traditionnelle est alors sortie des placards : un matelas posé à même le sol et une couette (布団, futon). Cette formule a l'inconvénient que l'on est souvent dérangé par le personnel de l'établissement: pour installer la table du repas vers 18h, puis pour desservir et installer le futon vers 21h, et enfin le matin pour ranger le futon et installer la table de petit déjeuner vers 8h du matin. Des chambres occidentales (洋室) avec repas en restaurant sont aussi disponibles, mais ont moins de charme, et le restaurant se prête moins qu'une salle privée aux conversations intimes. Les jeunes japonais apprécient le charme des pièces traditionnelles, mais ne souhaitent pas être dérangés : les onsens récents proposent une formule mixte, sans doute la plus agréable : elle comprend une chambre de style japonais, avec une literie moderne dans un espace attenant, et un repas dans un espace privé séparé de la chambre.
Une fois arrivé, il vous sera servi une petite pâtisserie et de thé vert en guise de bienvenue. Le personnel de l'établissement discutera avec vous comme si vous étiez un habitué. Si les bâtiments ont une histoire, elle vous sera expliquée en détail. On vous posera aussi des questions sur votre voyage, et ne soyez pas surpris si l'on appelle "votre époux" (旦那さん, dannasan) ou "votre épouse" (奥さん, okusan) votre conquête de 3 jours qui vous accompagne ce jour-là. Une fois seul dans la chambre, il convient de revêtir le yukata (浴衣) de l’établissement, une robe de chambre en coton, beaucoup plus confortable que vos vêtements de voyage. Si vous avez un gabarit de joueur de rugby, l'établissement fera de son mieux pour vous fournir le yukata « extra long » (特大Tokudai). Il est tout à fait acceptable de se promener dans les parties communes de l'établissement en Yukata. Vous voilà maintenant prêt pour vous rendre au bain. Rangez vos effets de valeur les plus encombrants dans le coffre ou dans vos bagages. Placez votre clé de chambre et votre nécessaire de toilette dans le petit sac fourni par l'établissement.
Le traditionnel bain collectif propose des espaces séparés pour les hommes (indiqués par du bleu et le signe 男), et les femmes (indiqués par du rouge et le signe 女). Les salles de bain font la part belle aux matériaux nobles, la pierre, le bois et le bambou. Les bains les plus simples sont de petites piscines carrées en pierre ou en bois de moins d'un mètre de profondeur et de plusieurs mètres de longueur pour pouvoir étendre le corps, avec parfois une fresque plus ou moins réussie sur le mur. Il est mal vu de plonger sa tête dans l'eau ou de nager dans le bassin. D'autres bains sont de petites piscines en pierre ressemblant à une pièce d’eau naturelle, intégrés avec harmonie dans le décor. Là encore, il s’agit aussi d'un spectacle. On s'y baigne nu après s'être soigneusement lavé dans les douches voisines. La promiscuité peut-être gênante au début pour les européens, mais cela s'oublie vite. En cas de pudeur aigue, la petite serviette fournie peut cacher certaines parties du corps jusqu'à l'entrée dans le bain. L'eau est souvent très chaude, et l'on ne reste que quelques minutes dedans. Il y a parfois un bain d'eau froide permettant de se rafraîchir.
Les bains extérieurs (露天風呂, Rottenburo) sont les plus recherchés. Ils offrent souvent une belle vue sur les environs. Le contraste entre l'eau chaude et l'air frais est fort agréable. Même lorsque la température extérieure est négative, la chaleur de l'onsen permet de rester quelques minutes dévêtu dehors sans sentir le froid. J'ai des souvenirs inoubliables de rottenburo sous la neige. Des bassins privés peuvent aussi être réservés, souvent pour une demi-heure heure, sans supplément, pour un bain intime plaisant et ludique. Certains établissements proposent des bains individuels attenant à la chambre sur le balcon. Cette formule est la plus agréable, mais un peu plus onéreuse. Le plus grand plaisir de l'onsen est après le bain. Les muscles relaxés par l'eau chaude, il est fort plaisant de se promener dans l'établissement, prendre un thé, et lire calmement un ouvrage bien choisi dans sa chambre, en profitant de la douce odeur de paille des tatamis. Les établissements préparent toujours une petite patisserie et du thé pour agrémenter ce moment de plénitude.

Le repas est servi aux horaires japonais, de 18 à 21h. Il se compose de plusieurs plats. Le menu est toujours de saison, et propose des spécialités régionales abondamment commentées par le personnel. Une grande attention est apportée à la présentation des plats. Les grands classiques sont les petits bateaux en bois remplis de poisson cru (刺身, sashimi), et les plats présentés dans des assiettes de bambou. La vaisselle est traditionnelle. La cuisine comprend souvent quelques plats ludiques, comme la viande à cuire soi même, ou le tofu à fabriquer. Les casseroles (鍋, nabe) chauffées sur la table sont aussi fréquentes. Le repas s'accompagne de bière ou de saké. Celui-ci est toujours servi à un prix raisonnable même dans les établissements chics. La soirée permet souvent un deuxième bain avant d'aller dormir assez tôt. L'alcool et le bain chaud garantissent une nuit de sommeil profond. Le petit déjeuner est servi entre 7 et 9 heures du matin. Il comprend également des spécialités régionales sucrées et salées.
Après un dernier bain, le départ se fait assez tôt. Le dimanche se prête à une excursion ambitieuse dans les environs. De Kinugawa-onsen, on pourra se rendre à Nikko. La péninsule d’Izu (伊豆半島) et Hakone (箱根) offrent aussi des sites touristiques de premier ordre pour une journée inoubliable. La voiture est fort pratique pour les visites sur place car les bus de campagnes sont rares et chers. Mais il faut se méfier des bouchons de retour de week-end à Tokyo. Au contraire, un train spécial réservé offrira un retour de tout confort en ville. On apercevra par la fenêtre les néons de la ville de plus en plus nombreux, et les gares de banlieue défiler. On traversera quelques rivières, et le voyage ne se terminera réellement qu'une fois sur le quai, de retour à la vie quotidienne.
Vous pouvez continuer votre lecture dans un Classic Hotel, pour un séjour élégant dans une ambiance victorienne.
Onsens proches de Tokyo et tarifs

Dans la région de Tokyo, les régions les plus accessibles sont:
  • La péninsule d'Izu: les villes d'Atami, d'Ito, de Shimoda, de Toi et de Shuzenji rassemblent de nombreux établissements d'onsen. Les sorties ne manquent pas dans un superbe paysage mêlant mer et montagne
  • Hakone : ce village de montagne a proximité du Mont Fuji est une destination touristique de premier ordre, avec ses sources volcaniques impressionnantes, et le superbe lac dans lequel se reflète le célèbre volcan. La ligne Odakyu propose des trains spéciaux (1h31, Y2020 - 12.6 Euros) jusqu'à Hakone Yumoto (箱根湯本)
  • Les Alpes du Sud sont les montagnes les plus élevées du Japon. Une voiture est nécessaire pour se rendre dans ces petites vallées, et l'on s'arrêtera volontiers en route près des lacs du Mont Fuji. Les onsens sont souvent situés dans des endroits reculés. Il est préférable d'éviter le retour sur Tokyo par l'autouroute « Chuo » (中央高速道路) le dimanche soir. Il n'est pas rare de mettre 5 heures à rentrer dans la ville
  • Kinugawa-onsen : La "Grande Motte" de l'onsen : facilement accessible de Tokyo, cette station rassemble de grands établissements autour d'une rivière encaissée : le paysage n'est pas forcément bucolique, mais le service proposé est souvent de bonne qualité. Les superbes temples de Nikko ne sont qu'à quelques minutes de train, pour un week-end inoubliable. Accès par le train spécial Tobu « Kinu » avec réservation (1h57, Y2800 - 17.5 Euros)
Le site bénévole et indépendant Secret Japan propose de nombreuses adresses d'onsen, avec des explications en anglais et en français.
Les tarifs varient suivant les prestations et le prestige de l'établissement. Ils sont plus élevés le week-end.
Le ryokan « biwa » (枇杷) à Toi (土肥) propose par exemple une formule de demi-pension avec un massage pour environ 75.000 Yens (470 Euros) pour deux personnes en semaine, et 95.000 Yens (600 Euros) le week-end. Les chambres sont récentes mais construites de façon traditionnelle, avec de superbes poutres apparentes. Chaque chambre dispose d'un balcon avec vue sur la mer (et la ville), avec un bain privatif. La cuisine est excellente, et servie dans un espace individuel. Adresse: 静岡県伊豆市土肥259-1 Toi Izu-shi Shizuoka-ken. Tel 0559-97-3124. Accès à Toi: ferry depuis Shimizu, bus depuis Mishima ou Shuzenji.
L'hotel « Asaya » à Kinugawa-onsen, un grand établissement de plusieurs centaines de chambres, propose des formules en demi-pension avec diner japonais pris au restaurant, chambre japonaise de 14 tatamis, et buffet de petit déjeuner pour 42500 Yens (250 Euros) en semaine et 47000 Yens (300 Euros) le week-end pour deux. L'entrée aux bains, y compris un rottenburo sur le toit, est bien entendu incluse. Il existe des formules moins onéreuses. Adresse: 813 Taki – Kinugawa Onsen, Nikko-shi, Tochigi-ken 321-2526 栃木県日光市鬼怒川温泉滝813Tel : 0288.77.1111. Accès direct depuis la gare de Tobu Asakusa à Tokyo par les trains de la compagnie Tobu.
Les deux onsens cités peuvent être réservés depuis Yahoo Japan Travel.

Les onsens sont un sujet fréquent sur les forums internet traitant du Japon. Ce sujet propose de nombreuses informations intéressantes.

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samedi 5 avril 2008

Sur les traces de la danseuse d'Izu

Je ne suis probablement pas le seul à avoir découvert la littérature japonaise à travers le court roman « la danseuse d’Izu » (伊豆の踊り子). Il décrit le voyage d’un lycéen parti en vacances solitaires dans la péninsule d’Izu (伊豆半島) au début du vingtième siècle. Ses vacances commencent de façon triste jusqu’à ce qu’il rencontre un groupe d’artistes et décide de voyager avec eux jusqu’à Shimoda (下田). Notre lycéen retrouve vite le moral grâce à cette joyeuse compagnie et surtout à son attraction pour une jeune danseuse du groupe. La différence de statut social et le jeune âge de la fille ne lui permettent pas de commencer une aventure, mais il monte dans le bateau pour Tokyo à Shimoda le cœur réjoui par cette aventure. Toute la palette des sentiments humains est finement décrite par la prose élégante de Kawabata.
Pendant mon premier voyage au Japon, j’ai encore rencontré brièvement la péninsule d’Izu quand je cherchais un onsen rapide et bon marché. Cela m’a amené à Atami (熱海), le point d’entrée de la péninsule, une station thermale moderne appréciée. Etudiant sans le sou, je n’ai pas utilisé le train ‘Odoriko’ (danseuse express) nommé en référence à Kawabata, pour me rendre dans la ville. Je me suis contenté d’une après-midi plaisante dans les bains d’un hotel moderne. Puis, je suis rentré à Tokyo par le train omnibus et je suis retourné à ma vie d’étudiant.
Quelques années plus tard, j’ai pu découvrir un peu plus la péninsule. Le train orange et vert un peu désuet du Tokaido m’a amené jusqu’à la ville d’Ito (伊東), un petit port de pêche et une station thermale (温泉). J’étais vaguement déçu par l’aspect extérieur du ryokan (旅館) qui n’aurait pas dépareillé la banlieue de Tokyo. Mais j’ai passé de très bons moments grace au service impeccable, à la chambre traditionnelle en Tatami. La nourriture est en générale gastronomique, et comprend toujours du sashimi au bord de la mer, ou du gibier, notamment du sanglier (猪)en montagne. Le plus agréable dans un onsen est évidemment de prendre son temps pendant la soirée pour profiter des bains d’eau thermale chaude. Cela permet de dormir profondément avec tous les muscles reposés. De nombreux ryokans occupent aussi de vieux bâtiments traditionnels avec une atmosphère fabuleuse. Les constructions japonaises d’époque n’ont toutefois pas toujours l’isolation phonique que l’on souhaiterait dans ces établissements destinés principalements aux week-ends en amoureux.
Pour une petite promenade de fin d’après-midi, la route côtière juste au sud d’Ito offre de belles vues sur l’île voisine d’ Oshima (大島). Un court voyage en train jusqu’à la Gare de Jogasaki Kaigan (城ヶ埼海岸) permet de découvrir deux endroits surprenants. La côte de Jogasaki (城ヶ埼) est un enchainement de falaises de lave escarpées surplombées d’une belle forêt de pins. Plusieurs kilomètres de sentier permettent des promenades agréables. Dans les terres, il est possible de monter sur le Mont Omura (大室山), un surprenant volcan de poche maintenant endormi, par un petit télésiège. Le sommet offre une belle vue sur le Mont Fuji, la péninsule et les îles environnantes. En redescendant du volcan, vous pourriez continuer votre voyage jusqu’à Shimoda, tout au sud de la péninsule. C’est dans ce port que les bateaux américains arrivèrent en 1858, mettant fin à deux siècles d’isolation du Japon. Sur le chemin de Shimoda, la superbe plage de Shirahama (白浜) est un bon endroit pour un bain de mer en été. Les surfeurs d’y trouvent toute l’année.
Il est possible aussi de rejoinder Shimoda par la route de montagne du centre de la peninsula. C’est le chemin que choisissent les voyageurs de la Danseuse d’Izu. Le voyage commence alors à Mishima (三島) par un délicieux plat d’Unagi (うなぎ). Les anguilles sont grilles sur du charbon de bois avec un sauce sucré sale qui lui donne une saveur caramelisée. Le ventre plein, vous apprécierez mieux les superbes sources de Kakitagawa (柿田川) springs. On prétend que l’eau très pure et d’un bleu profond vient du Mont-Fuji.
De retour à la gare de Mishima, le train vous amènera à Shuzenji (修善寺) dans le centre de la péninsule. La station thermale voisine de “Shuzenji onsen” (修善寺温泉) abrite certains des ryokans les plus reputes du pays. Il y a aussi des hébergements plus abordables, et c’est un endroit agréable pour passer la nuit. Depuis Shuzenji, des bus parcourent la route centrale qui rejoint Shimoda par les montagnes. Les chutes de Joren (浄連の滝) sont impressionantes, mais j’ai préféré la randonnée sur la vieille route du col d’Amagi (天城峠). La route est maintenant fermée au public. Je l’ai parcouru dans un brouillard épais qui lui donnait un air mystérieux. Je n’aurais pas été surpris de voir surgir du brouillard le groupe de voyageurs de la danseuse d’Izu. Le tunnel sombre par lequel on rejoint l’autre versant est aussi impressionant. L’excursion terminée, si l’on reprend la route de Shimoda, on passera sur un pont suspendu en forme de spirale, prétendu anti-sismique, et qui permet de descendre le flanc de la vallée.
Il est aussi possible de rejoindre Izu depuis Nagoya ou Osaka en utilisant le ferry connectant Shimizu (清水), le port de Shizuoka (静岡) à Toi (土肥). Le bateau traverse la baie de Suruga juste en face du Mont Fuji. Un bus permet ensuite de rejoindre la ville de Shuzenji depuis Toi. Il est possible de prendre le ferry avec sa voiture, et cela permet sans doute d’éviter les bouchons autour de Numazu, très fréquents le week-end.
Vous pouvez continuer votre lecture dans un onsen pour un bain reposant.
Informations pratiques

Accès à Atami: Tokaido Shinkansen Kodama(Y4288 - 27 Euro, 46min depuis Tokyo), Train spécial ‘Odoriko’ (Y3900 - 24 Euro, 80min depuis Tokyo) ou ligne Tokaido(111 min, Y1890 - 12 Euro depuis Tokyo). Le train ‘Odoriko’ continue vers Ito (Y4420, 104min) et Shimoda (Y6290 - 39 Euro, 164min). Il y a aussi des trains locaux entre Ami et Ito (ligne JR Ito) et entre Ito et Shimoda (ligne Izu express)

Accès à Mishima: Tokaido Shinkansen Hikari (Y4600 - 28 Euro, 44min depuis Tokyo), ou ligne Tokaido (119 min, Y2210 depuis Tokyo, correspondance à Atami)

Accès à Shuzenji: ligne Izu Hakone de Mishima à Shuzenji (33 minutes, 500 Yen - 3 Euro) bus fréquents depuis la gare de Shuzenji (every 15 minutes) jusqu’à la station thermale de Shuzenji Onsen (Izu Hakone bus or Tokai bus). Il y a environ 20 bus par jour entre Shuzenji et Toi. Les bus en direction de Matsuzaki (松崎) s’arrêtent à Toi.

Accès aux chutes de Joren et Amagi Toge: bus de Shuzenji en direction de Kawazu. Approximativement un bus toutes les 30 minutes. 30 minutes, Y800 - 5 Euro jusqu’aux chutes de Joren, Y1060 - 7 Euro, 45 minutes pour arriver au départ de la route du col d’Amani

Accès à Toi en Ferry : ”Dream Ferry” depuis Shimizu. La traversée dure 65 minutes, avec entre 4 et 7 aller-retours par jour. The premier ferry quitte Shimizu à 8h et Toi à 9h20. Le dernier bateau quitte Shimizu à 16h et Toi à 17h20. L’aller coûte Y2000 - 12.5 Euro par personne, et Y4300 - 27 Euro par voiture individuelle (moins de 3m de long)

Izu Hakone bus: http://www.izuhakone.co.jp/bus/rosen/index.htm (En japonais)
Tokai Bus: http://www.tokaibus.jp/mainroot.html (En Japonais)
Toi bus schedule: http://www.toi-annai.com/access/basu.html (En Japonais)
Toi <-> Shimizu Ferry: http://www.dream-ferry.co.jp/

Restaurant d’Unagi à Mishima : Sakuraya (桜家) 三島市広小路町13-2 hirokoji-cho Mishima. Tel 055-975-4520. Ouvert de 11h à 20h ou jusqu’à épuisement du stock. Fermé le mercredi et les jours fériés. A partir de Y2620 - 16 Euro par personne

Réservation d’un onsen ou ryokan : Yahoo Japan (http://www.yahoo.co.jp/) offre un service de réservation d’hébergement sous la rubrique ‘voyage’ (en japonais). Le site secret Japan (http://www.secret-japan.com/) offre des conseils indépendents sur les onsens en anglais et en fraçais. Il comprend aussi un guide sur la côté ouest d’Izu, au sud de Toi).


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samedi 8 mars 2008

Le petit train de la vallée d’Oigawa

Les japonais font les choses sérieusement, et les amateurs de train en sont un bon exemple. Il existe ainsi un concours qui consiste à réciter par cœur les horaires de train de tout le pays. Certains extrémistes vont jusqu’à camper des heures en bordure de voie ferrée avec un trépied et un téléobjectif pour prendre en photo un convoi rare. Le matériel roulant est très varié car les compagnies de chemin de fer font souvent fabriquer spécialement un modèle de train pour un service particulier, comme le Narita Express. Pour le modéliste, les trains miniatures sont également d’ excellent qualité, et souvent peu onéreux. Les vendeurs des boutiques spécialisées donneront des conseils avisés sur les wagons à associer à telle ou telle locomotive afin de ne pas commettre une faute de goût irréparable.



Nous partons aujourd’hui pour une excursion ferroviaire dans la vallée d’Oigawa (大井川), préfecture de Shizuoka (静岡), à mi-chemin entre Tokyo (東京) et Nagoya (名古屋). La rivière Oigawa prend sa source dans les Alpes du Sud (南アルプス), au pied de pics de plus de 3000 mètres, et se jette dans l’Océan Pacifique 168 km plus tard. Son passage à pied était un des plus mauvais souvenirs de l’antique route du Tokaido(東海道).

L’histoire moderne de la vallée est celle de l’industrie hydro-électrique. Le chemin de fer que nous empruntons a d’ailleurs été construit à partie des années 20 pour transporter les matériaux de construction des barrages. L’intégralité de la ligne fut ouverte au public en 1954, peu avant la construction du barrage d’Ikawa. Dans les années 60, la fin des grands travaux et le développement du réseau routier mit à mal cette petite ligne locale, qui ne survécut que grâce aux aides publiques. Dans les années 70, les lignes principales du Japon abandonnèrent la vapeur. Le chemin de fer d’Oi-gawa (Dai-tetsu大鉄) racheta alors deux locomotives à vapeur d’occasion (appelées SL pour « Steam Locomotive »). A partir de 1976, ces engins ont commencé à tracter des trains touristiques sur la ligne. La compagnie s’inspira de la ligne partenaire du « Brienz Rothorn Bahn » qui maintient un service intégralement à vapeur en Suisse. Les touristes ainsi attirés fournirent une bouffée d’oxygène à l’entreprise qui sortit du rouge dans les années 80. La crise économique japonaise de 1990 n’épargna pas le chemin de fer, qui survécut principalement grâce aux subventions de la compagnie d’électricité du centre du Japon.

Aujourd’hui, la ligne d’Oikawa est la seule au Japon à proposer un service presque quotidien de trains à vapeur, et deux ou trois services par jour en pleine saison. Ils permettent de parcourir en 80 minutes les 40 premiers kilomètres de la ligne entre Kanaya (金谷) et Senzu (千頭). Le convoi est tiré par une des 5 locomotive à vapeur en service, parfois aidé d’une vieille locomotive électrique, les voitures sont aussi d’époque, et donnent une bonne idée du confort spartiate des transports il y a 30 ou 40 ans. Une voiture en tatami est disponible pour les sorties (arrosées) de groupe. Avant de monter à bord, l’on aura pris soin d’acheter un « loco-bento », beau pique-nique décoré d’une locomotive à vapeur, pour les petites faims en route. La promenade est fort agréable, d’abord entre les champs de thé, puis dans la vallée en bordure de la rivière. La locomotive rythme la promenade du bruit de la vapeur sous pression, et l’odeur subtile d’huile et de charbon donne tout son cachet au voyage.


Une fois arrivé, il faut admirer en gare la très belle mécanique de ces engins maintenant oubliés, mais qui furent en leur temps le moteur de la révolution industrielle. Les locomotives brûlent du bois ou du charbon dans leur foyer, et la chaleur dégagée sert à chauffer de l’eau, qui se transforme en vapeur sous pression. La vapeur est ensuite chauffée une deuxième fois pour atteindre plus de 300 degrés et une pression encore plus forte. Puis, la vapeur est transmise aux pistons, des cylindres sur le côté de l’engin. Ces cylindres transmettent la force motrice aux roues à travers les bielles, superbe mécanisme d’horlogerie entièrement visible. Les locomotives à vapeur ne disposent pas de boîte de vitesse, et la seule façon d’atteindre une vitesse importante est donc d’avoir de grandes roues, qui se trouvent toujours à l’extérieur du chassis. Si le train de la vallée d’Oikawa est un peu poussif, la superbe « Mallard » anglaise a atteint jusqu’à 200 km.h dans les années 30.



Le voyageur regrettera toujours d’être arrivé trop tôt à Senzu, mais la promenade peut se prolonger sur la deuxième partie de la ligne, un petit train électrique qui parcourt la voie étroite et pentue jusqu’au terminus de Ikawa (井川). La promenade dans cette vallée encaissée est très spectaculaire. Le point d’orgue est le passage d’un vertigineux viaduc au dessus de la retenue du barrage de Nagashima (長島ダム).


La vallée d’Oigawa n’est pas aussi touristique que la péninsule d’Izu (伊豆半島), mais le visiteur pourra combiner la poésie des bielles et des pistons avec une randonnée dans les montagnes proches, et une visite dans un Onsen de la vallée. Ce sont autant d’occasions de prolonger le week-end dans les environs.

Vous pouvez continuer votre lecture à Shizuoka, au pied du Mont Fuji.

Renseignements pratiques

Accès à Kanaya depuis Tokyo : Prendre le Tokaido Shinkansen Hikari (東海道新幹線ひかり) jusqu’à Shizuoka (静岡). Attention, seuls certains Hikaris s’arrêtent à Shizuoka (un par heure). A la gare de Shizuoka, prendre la ligne Tokaido (東海道本線) en direction de Hamamatsu (浜松), et s’arrêter à Kanaya (金谷). 6490 Yens, Environ 2 heures.


Compagnie de chemin de fer d’Oigawa (大井川鉄道): http://www.oigawa-railway.co.jp/


Convois de train à vapeur entre Kanaya et Senzu : 2370 Yens (14,50 Euro), y compris 560 Yens de supplément vapeur : départ de Kanaya entre 10 :00 et 12 :00 suivant les jours, places réservées uniquement, réservation par téléphone, internet, ou le jour du départ en gare. En semaine, il n’est souvent pas nécessaire de réserver à l’avance. L’horaire de retour des trains à vapeur n’est pas toujours pratique (départ de Senzu de 14 :16 à 15 :23 suivant les jours). Il est aussi possible de monter à bord d’un des services réguliers pour rentrer à Kanaya. Dernier départ de Senzu par train électrique pour Kanaya à 19:56


Ligne d’Ikawa entre Senzu et Ikawa: 5 trains par jour, premier départ de Senzu à 9 :23, dernier départ à 13 :45, environ 1h45 de trajet. Dernier départ d’Ikawa à 15 :48. 1280 Yens (7.80 Euros) entre Senzu et Ikawa. Site de la ligne : http://www.ikawasen.jp/


Un service de bus relie les gare de Senzu (千図) et Okuizumu (奥泉) aux Onsens proches de SumataKyo (寸又峡温泉). La compagnie de chemin de fer propose des formules combinées nuit à l’onsen et train à vapeur pour 9980 à 11980 Yens (60 à 72 Euros) en demi-pension.


Boutique de trains miniatures Tenshodo (天賞堂)  4-3-9 Ginza, Chuo Ku, Tokyo 〒104-0061 東京都中央区銀座4-3-9 TEL:03-3562-0025, ouvert tous les jours sauf le jeudi de 11:00 à 19:30. Accès par la gare de train Yurakucho (有楽町) ou la station de métro Ginza (銀座)



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