dimanche 6 janvier 2008

Belles îles du sud du Japon

L’archipel des Yaeyama (八重山) occupe l’extrémité sud ouest du Japon, à 200 kilomètres de Taiwan. On y arrive par l’aéroport d’Ishigaki (石垣). La ville de 40000 habitants est un petit concentré de civilisation japonaise contemporaine. Il comporte en effet un nouvel aéroport en construction probablement inutile, une galerie marchande désuète, une « eikaiwa » (英会話école de conversation anglaise), des distributeurs automatiques de boisson à tous les coins de rue et quelques snacks (スナックbars à hôtesse). Si l’on se donne la peine de chercher un peu, on remarquera aussi derrière le béton japonais habituel quelques maisons de pierre traditionnelles et des champs de goya, signe que nous sommes effectivement à Okinawa(沖縄), mais c’est bien peu pour justifier les 3 heures d’avion depuis Tokyo.

Il faudra quitter la ville pour vraiment découvrir cet archipel superbe. Le plus agréable est de prendre le bateau et de se rendre dans les îles voisines. Taketomi-jima (竹富島) est une petite île sablonneuse plate habitée depuis le 11è siècle.

300 habitants y vivent sur ses 6 kilomètres carrés (la surface du 14è arrondissement de Paris). L’île a compté jusqu’à un milliers d’habitants au 18è siècle. Pour combattre la surpopulation, les autorités ont d’ailleurs forcé à plusieurs reprises une partie des habitants à émigrer dans l’Ile d’Ishigaki voisine vers les villages de Yara (1734, 1738) et Tomizaki (1771). L’île fut épargnée par le tsunami géant qui ravagea l’archipel en 1771, sans doute l’évènement historique majeur de cet endroit isolé. Jusqu’en 1976, et l’installation d’une canalisation sous-marine, l’eau potable était limitée à quelques puits sacrés. Cela ne permettait que de cultiver quelques légumes, et les habitants se rendaient autrefois dans les îles voisines pour y cultiver des champs de riz. Aujourd’hui, les principales cultures sont la patate douce et la canne à sucre.

Le village composé de maisons traditionnelles est remarquablement préservé. Cela est dû à l’action énergique des habitants qui ont voté en 1986, au plus haut de la bulle immobilière japonaise, une charte protégeant l’île. La construction n’est possible qu’en respectant le style traditionnel, il est ainsi indispensable de cacher les fenêtres des bâtiments et autres objets modernes. Il est également obligatoire de nettoyer les environs de sa propriété chaque matin, et interdit de se promener en maillot de bain dans le village. Les maisons sont ainsi toutes du style typique d’Okinawa du début du 20ème siècle, avec leur toits de briques soudées à l’argiles. Les propriétés sont entourées d’un mur de pierre de corail. L’entrée de la propriété est barrée par un mur en retrait, le « hinpun » (ヒンプン) qui protège des mauvais esprits et surtout du vent. Les typhons sont en effet souvent violents dans la région. Les maisons sont composées d’un bâtiment principal fuhyaフーヤ, et d’une annexe servant de cuisine, le « Tohra »トウラ.

Les rues de la ville sont recouvertes de sable pour permettre de mieux apercevoir les serpents dangereux la nuit. On s’y déplace dans l’île en char à bœuf ou en vélo, les loueurs de ces engins représentant une partie importante de l’économie locale. L’île est entourée de superbes plages où l’on se baigne dans une eau limpide, en compagnie des namakos (concombres de mer), et des poissons tropicaux. Les plages sont bordées d’arbres qui coupent le vent et préservent ainsi la faible couche de terre arable de l’île.

Un peu plus loin d’Ishigaki, l’île sauvage d’Iriomote (西表島)est le seul territoire japonais recouvert par de la jungle. Le paludisme qui l’infestait jusque dans les années 50 a ralenti son développement. Durant les combats à Okinawa lors de la seconde guerre mondiale, les habitants de l’archipel se sont réfugiés dans les forêts. Le débarcadère a un petit goût de bout du monde, et la route ne fait pas le tour de l’île. Les villages de Funauki 舟浮きne sont ainsi accessibles que par bateau. Iriomote est un petit continent de 289 km², avec ses deux rivières navigables, ses collines, ses plaines cultivées, ses vallées et ses 2000 habitants. Les estuaires abritent des forêts de mangrove. Ces arbres habitent les pieds dans l’eau peu profonde des rivages et des estuaires tropicaux. C’est un écosystème remarquable, le plus productif de la planète. Les plantes savent filtrer l’eau de mer, retiennent la pollution, empêchent l’érosion du rivage.

Un tour en bateau sur la rivière Urauchi(浦内川) permet de découvrir la mangrove, et de pénétrer au cœur de la forêt équatoriale. Après 8 kilomètres sur la rivière, vous pouvez marcher une demi-heure jusqu’aux chutes de « Mariyudu »(マリユード滝). Vous ne verrez sans doute pas le chat d’Iriomote西表山猫, une espèce unique à l’île, mais vous apercevrez sans doute un des lézards géants (イシガキトカゲ) et des arbres typiques de la jungle couverts de lianes. Pour les plus courageux, il est possible d’entreprendre depuis les chutes le treck de la traversée de l’île, un sentier de 20 kilomètres dans la jungle. L’inscription auprès de la police locale est obligatoire.

Des promenades agréables sont aussi possibles dans les environs de Shirahama(白浜), un port abandonné dans une superbe baie. Il se raconte qu’un robinson sans-abri habite l’ile qui fait face à la jetée. L’onsen de l’île, le seul d’Okinawa vous offrira quelques instants de bien-être. L’établissement propose les habituels bains chauds pour hommes et femmes, où la nudité est de rigueur, et également une piscine commune pour laquelle un maillot de bain est obligatoire. Les promenades en char à bœufs jusqu’à l’îlot de yubu (由布島) sont réputées. Le véhicule est suffisant pour parcourir les eaux peu profondes qui séparent le « continent » de cette petite île abritant une dizaine d’âmes. Après un typhon en 1969, presque tous les habitants sont partis s’installer sur Iriomote, et seul un couple de personnes agées est resté, et pour faire revenir les habitants, s’est employé à fleurir l’endroit en abondance. Les japonais sont friands d’anecdotes sur l’héroïsme quotidien. et celle-ci est devenue célèbre.

Toutes les îles de l’archipel disposent de magnifiques sites de plongée où un simple masque et un tuba permet souvent de découvrir les superbes coraux et les poissons qui y habitent. L’île principale d’Ishigaki possède aussi de superbes plages, dont la baie de Kabira (川平湾). Le site est protégé, il n’est pas possible de s’y baigner, mais de superbes promenades sont possibles. Après une rude journée, la cuisine traditionnelle d’Okinawa permet de reprendre des forces. Le goya chample (ごやチャンプル), une fricassée de goya, de poulet, et de tofu, est recommandé au voyageur fatigué et gastronome, qui ne déteste pas un zeste d’amertume. De très bons barbecues (yakitori 焼き鳥 5000 Yens par personne) permettent de goûter le bœuf local (ishigakigyu 石垣牛), à la viande très tendre.


Accès à Ishigaki

  • vols directs depuis Tokyo, Osaka, Nagoya et Fukuoka, vols fréquents depuis Naha permettant des correspondances vers d’autres villes du Japon (ANA et JAL).

Accès à Taketomi

  • bateaux rapides depuis le port d’Ishigaki : Une navette toutes les 30 Minutes de 7.30 à 17.00. Le voyage dure 10 minutes, et deux compagnies assurent la liaison : Anei Kanko et Yaeyama Kanko Ferry. Environ 500 Yens aller simple.

Accès à Iriomote

  • bateaux rapides depuis le port d’Ishigaki jusqu’à Uehara (port le plus pratique pour l’exploration de la rivière Urauchi) 2000Yens aller simple, 50 minutes. 9 bateaux par jour, premier départ d’Ishigaki à 7.00, dernier retour d’Iriomote à 17h30 (compagnie Anei Kankou et Yaeyama Kanko Ferry). Si le vent souffle fort, le bateau accostera au port d’Ohara, et une navette sera assurée;
  • Avec cinq bus par jour et deux voitures de taxis pour toute l’île, les déplacements doivent être planifiés avec soin, mais la plupart des pensions offrent un service de navette.

Sites des comagnies de ferry:

Les trois photos du haut ont été prises sur Taketomi, les cinq suivantes sur Iriomote.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour,

Felicitations pour ces quelques articles, tous excelents et bien documentés pour ceux que j'ai eu le plaisir de lire.

Vous voila bookmarké en bonne place, j'espère que vous continuerez, a votre rythme, à publier des notes aussi intéressantes.

Merci encore

Alain Davreux
http://www.alaindavreux.com/

Uchimizu a dit…

Bonjour,

suite à la question d'une lectrice, voici quelques recommandations pour un séjour dans les îles Yaeyama. Le plus simple est sans doute d'acheter un package vol + hôtel. L'hôtel "Resort" ANA de l'île d'Ishigaki est sans doute plus moderne. l'hôtel Nikko (géré par JAL) est mieux placé en centre ville, et permet de rejoindre facilement le port pour des excursions en bateau vers Taketomi-Jima ou Iriomote-Jima. Les formules vol + hôtel sont souvent avantageuses. Je me souviens avoir payé 70.000 Yens pour le vol et 3 nuits d'hôtel (sur base de chambre double). Il est sans doute possible de réserver auprès de Jalpak depuis la France.

Il est évidemment aussi possible de prendre un vol sec, et de se loger sur place. Il existe de nombreux hébergements pour un prix entre 5000 Yens et 7000 Yens par personne, mais ils ne sont sans doute pas faciles à réserver de l'étranger.

Uchimizu a dit…

Bonjour,

voici quelques informations complémentaires suite aux demandes d'une lectrice: les mangroves et la jungle se trouvent sur l'île voisine d'Iriomote, et pas sur Ishigaki. L’île d’Ishigaki, à la vegetation tropicale, mérite certainement une visite, meme si beaucoup préfèrent Ishigaki et Taketomi. Il est parfois plus facile de loger dans le centre d’Ishigaki, qui dispose de toutes les commodites modernes, et de se rendre en bateau sur les autres iles en excursion.
Bien qu’il existe des bus, et que le village de Nosoko comporte sans doute quelques commerces, il sera probablement plus pratique de disposer d’une voiture pour des vacances dans le reste de l’île.

Milosz a dit…

"Taketomi-jima (竹富島) est une petite île sablonneuse plate habituée depuis le 11è siècle."

Habituée à quoi ?

Uchimizu a dit…

Habituée à mes fautes de frappe sans doute. Merci pour avoir détecté cette coquille.