dimanche 2 mai 2010

A9 - Fabriquez vous-même du Japon au kilomètre

Le côté sombre le plus inavouable de votre serviteur est sa passion pour les jeux de gestion. Alors qu'il y a tant à faire par une belle journée de printemps, il m'arrive de perdre une journée entière à construire sur mon écran une ville ou un empire qui sera ensuite laissé dans l'oubli dans un coin sombre de mon disque dur. Les références du domaines sont les grands jeux américains Sim City ou Civilization, maintenant dans leur quatrième épisode. Alors que la qualité des films se dégrade en général avec chaque nouvel épisode, c'est en général le contraire pour les jeux vidéos: cela peut expliquer pourquoi je suis leur suis fidèle depuis une quinzaine d'années. J'ai plus de mal à suivre la série japonaise A-Train (A列車で行こう), maintenant dans son neuvième épisode (A9), car elle est peu distribuée en occident. Le jeu propose de construire une ville japonaise en dirigeant la compagnie de chemin de fer locale.
Le coeur de l'action est la construction d'un réseau de chemin de fer. Il peut-être à niveau, souterrain ou aérien. Si les épisodes précédents offraient des possibilités parfois trop limitées, cet épisode permet de réaliser les courbes les plus sensuelles et les ponts les plus audacieux. Les gares de la ville japonaise sont variées des quais de métro à la gare de banlieue surélevée, en passant par les grands cubes de béton intégrant quais de chemin de fer et grands magasins. Elles sont ici fidèlement reproduites, jusque dans les lignes jaunes sur les quais. Comme dans la réalité, la construction d'une voie ferre est hors de prix dans des zones trop urbanisées, quelques kilomètres de voies peuvent ruiner: la faillite arrive alors vite. On l'a oublié aujourd'hui, mais les chemins de fers ont été l'investissement spéculatif par excellence au dix-neuvième siècle et au début du vingtième siècle.
Au Japon, la plupart des réseaux se sont construits avant-guerre, à une époque où les villes étaient beaucoup moins urbanisées. Il faut construire au mieux au début, mais en ne voyant pas trop grand. Le réseau peut se compléter par bus et camions, idéales sur les petites distances, mais il est parfois nécessaire de compléter soi-même le réseau routier construit par les autorités.
Le chemin de fer doit ensuite être exploité au mieux. Cela consiste à acheter les bons trains, tous des reproductions fidèles des rames japonaises, et en faire circuler le plus possible sur le réseau aux bons horaires. La tâche tourne parfois au cauchemar. D'autant qu'il faut aussi faire circuler des trains de marchandises pour transporter des matériaux de construction qui permettront à la ville de se développer. En plus de votre empire ferroviaire, vous aurez à construire des usines produisant les fameuses plaques de béton pré-fabriquées qui sont la texture de base des villes du pays. Vous devrez aussi vous occuper des centrales électriques pour éclairer votre belle cité.
Mais l'on ne fait souvent pas fortune dans le train, et pour assurer le développement du réseau, il est nécessaire des développer des activités annexes, supermarchés, immeubles de bureaux, parcs d'attractions et cinémas, placés stratégiquement à côté des gares. C'est conforme à la réalité: les compagnies de chemin de fer, comme la Tokyu (東急) à Tokyo (東京), ou Shizutetsu (静鉄) à Shizuoka (静岡), construisent à proximité de leurs gares diverses commerces, donc certains sont des références dans la distribution: Tokyu Hands est ainsi un équivalent japonais du BHV. Un autre exemple célèbre est le “Tobu Dobutsu Koen” (東武動物公園) opéré par la compagnie de train Tobu (東武), qui s'arrange pour fait terminer un grand nombre de ses trains à cette gare, une publicité insistante à peu de frais.
Cette diversification permet dans le jeu, comme dans la réalité, de réaliser des opérations immobilières intéressantes, en achetant du terrain agricole à bas prix, à proximité des emplacements prévus pour les gares. Vous pouvez bien-sûr construire des hôtels ou des grands magasins, mais aussi des églises à mariage, une entreprise commerciale parmi d'autres au Japon. Les bâtiments construits se revendront beaucoup plus chers une fois la ville développée. Et c'est sans doute cette spéculation qui permettra à votre entreprise d'être rentable. Vous pouvez aussi gagner de l'argent en achetant des titres, un anachronisme qui date de la période de la bulle où il suffisait de placer de l'argent en bourse pour s'enrichir. Les actions japonaises valent maintenant moins d'un tiers de leur valeur au sommet de la bulle, en 1990.
Le jeu reproduit aussi fidèlement les mécanismes de prêt bancaires. Comme dans la réalité, la rentabilité des grosses infrastructures est trop lente, et il est complètement irréaliste d'attendre des revenus de votre entreprise un financement pour l'extension de votre réseau. Vous devrez donc emprunter aux banques, et surveiller de près vos remboursements. Tant que votre entreprise gagne de l'argent et surtout est en croissance, les emprunts ne posent pas de problèmes, mais quand la situation devient plus saturée, il conviendra d'être particulièrement prudent. Enfin, quand votre ville sera bien développée, et que votre entreprise sera riche, vous pourrez investir dans des grands projets: ports, aéroports, parcs d'attraction, et lignes de train à grande vitesse, ainsi que dans des monuments ou de grands buildings. Au total, ce sont plus de 120 différents bâtiments qui peuvent être construits.
Si le béton est international, les villes japonaises ont une atmosphère très particulière, même dans les quartiers modernes. La différence vient d'abord de la lumière: les belles journées au Japon sont plutôt hivernales, ce qui baigne le paysage urbain dans une douce lumière orangée souvent rasante, accentuée encore par la teinte presque jaune des pelouses. Le soir, tout est éclairé au néon blanc, relevé des lumières rouges clignotantes coiffant les plus hauts immeubles et de panneaux publicitaires colorés. Dans un pays où l'industrie du bâtiment est très industrialisée, les fausses briques ou carrelages en résine de teints variés forment la palette avec laquelle la ville se peint. Un peu plus loin, le siège de la multinationale n'est parfois qu'à cinquante mètre d'un groupe de petites maisons collées les unes aux autres. Plus loin du centre, maisons, appartements en préfabriqués, champs et grands immeubles d'habitation se mélangent, avec ça et là un restaurant de banlieue et son grand parking. Le jeu A9 a certainement des défauts, mais il permet de retrouver, comme autant de petites madeleines, de nombreuses sensations de la ville japonaise.
Informations complémentairesLe jeu A9 est édité par la société Artdink, et est en vente depuis février 2010 au Japon. Il n'est pas encore distribué hors du Japon. Les clichés de cet article ont été réalisés dans une ville construite par l'auteur de ce blog, ils ont été retravaillés pour une meilleure qualité.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Trop poétique

dizi izle a dit…

thank you

Maigrir a dit…

Un genre de jeu très chronovore !!

veste nike a dit…

ok.trop cool et je reviendrai la prochaine fois.